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Carolles, son Histoire et ses Sites

Marius Dujardin

CAROLLES

Station Balnéaire et Touristique


Son Histoire et ses Sites


  • Le Vallon des Peintres
  • La Vallée du Lude
  • L’Église Saint-Vigor
  • Le Manoir du Hamelet, etc.


Avec un plan et une photographie (Cliché REBEL)

Obligeamment communiqués par le Syndicat d’Initiative


Extrait de la "Revue de l’Avranchin"

Organe de la Société Archéologique et Historique d’Avranches

 

1957

La Chaumine - CAROLLEES (Manche)

 

Carolles, dont le charme alliciant attire chaque été un nombre sans cesse croissant de touristes, d’artistes et d’estivants, est une modeste commune du littoral avranchinais, située au point précis où la côte occidentale du Cotentin devient la rive orientale de la Baie du Mont Saint-Michel.

Ses coordonnées géographiques : 48° 45' 04" (54,168 grades) de latitude Nord et 1° 33' 32" (1,732 grade) de longitude Ouest de Greenwich (1), correspondent à peu près à la latitude de Stuttgart, Stalingrad, Sakhaline et Terre Neuve, et à la longitude de Newcastle, Bayonne, Tlemcen, Tombouctou et Sainte-Hélène. Mais, grâce au Gulf Stream, dont les eaux chaudes viennent baigner son rivage, Carolles bénéficie d’un climat beaucoup plus doux que la plupart des pays situés sur le même parallèle : le mimosa, le camélia, l’arbousier et même le palmier chamérops y poussent en pleine terre.

 

*

* *

 

 

Quelle est l'origine du nom de Carolles ?

 

Archéologues et historiens sont d’accord pour estimer que l’étymologie de « Carolles » pose un problème très controversé.

Edouard Le Héricher hésite entre diverses hypothèses : CAR dérivé du celte KER, KAR, KAER, signifiant village, lieu habité, et la terminaison HOEL désignant un lieu élevé, à moins qu’elle ne soit un diminutif , CAROLLES serait donc la haute demeure ou le petit village (2). Peut-être aussi, comme beaucoup d’autres noms de lieux est-il un dérivé de CARL, CAROLUS, nom de quelque chef germanique (3).

 


 

(1) Chiffres obligeamment fournis par le Service Central Hydrographique de la Marine Nationale.

(2) Tome V des Mémoires de la Société Archéologique d’Avranches.

(3) LE HÉRICHER : Avranchin Monumental et Historique, Tomes I et II (1845).

 

 

 

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Charles Le Breton rejette ces suppositions qui ne sont appuyées par aucun vestige ni aucun souvenir ; et il émet l’opinion que « site charmant où venaient se distraire et s’ébattre en leurs jours de fête les anciens habitants du littoral, ce lieu de naïfs divertissements s’appela CAROLLES du mot latin « Carolla », en français médiéval « carole » signifiant danse » (4).

 

On lit dans une poésie du XVe siècle, « le Doctrinal des Fille à marier » : « Filles, dansez gentiment en mesure » (5) ; de l’étude de nombreux textes de poèmes médiévaux où il est question de la « carole », Margit SAHLIN conclut que « caroler » avait le sens de marcher en chantant et que l’origine étymologique de la « carole » semble être le « Kyrie Eleison » répété en refrain au cours des processions autour de l’Église, terme qui aurait été ensuite étendu à tous chants cadencés accompagnés de marches ou danses rituelles, puis à toute danse accompagnée de chants ; il y a à Saint-Martin-des-Champs, à Paris, une chapelle dédiée à N.-D. de Carole. (6).

 

P.  Chesnel écrit : « Carolae, mot de la basse latinité, vient « peut-être du celtique CARN et désignait une enceinte de  pierres « dans laquelle on se livrait à des danses appelées « « caroles » ; « la commune de CAROLLES a été ainsi  nommée en raison, soit « de sa ceinture de rochets naturels,  soit d’une enceinte artificielle « de pierres ». (7).

 

 Victor Brunet émet une hypothèse entièrement différente : « Dans CAROLLES, on est porté à voir « Campus ROLF » ou « ROLL », nom de quelque pirate normand venu l’un des premiers « se fortifier sur cette hauteur » (8).

 

Ultérieurement, P. Hesnel revenant sur sa première hypothèse, croit à une étymologie « plus simple et mieux fondée : il y a un mot CARRE, du latin QUADRA, qui a, en patois avranchinais le sens spécial de « pointe » et dont les diminutifs sont Carelle (pointe de la Carelle, dans la baie du Mont Saint-Michel) et Carolle, d’où CAROLLES. Peut-être OLLES, au lieu d’être un diminutif, serait-il l’anglo-saxon « hole », creux, grotte ». (9). Ce qui ferait allusion aux grottes, dites « les Mines d’Or » dans la falaise de CAROLLES (10).

 

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(4) Charles LE BRETON : Carolles. Les promenades et les pêches du littoral (1876).

(5) GODEFROY : Dictionnaire de l’ancienne langue française (1891).

(6) Margit SAHLIN : Thèse pour le doctorat à l’Université d’Upsal (1940). Bibl. Nat., 8° Ups ph 778.

(7) CHESNEL : Le Cotentin et l’Avranchin des origines au XII° siècle (1908).

(8) Victor BRUNET : Étude sur les étymologies des noms de lieux et de famille dans l’Avranchin (1894).

(9) Revue de l’Avranchin, Tome XXIX, page 129.

(10) Voir notre étude Sur la falaise de Carolles, parue en 1955.

 

 

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Cette explication a été reprise par Jean Seguin (11).

 

Ayant lu dans la « Toponymie Française » d’Albert Dauzot qu’une des très anciennes racines de noms de lieux est le radical pré-indoeuropéen « CAR » signifiant « rocher, pierre », nous avons demandé à ce maître incontesté en matière d‘onomastique si là devrait être cherchée l’étymologie de CAROLLES, localité où rochers et pierres sont abondants ; mais il nous a répondu : « l’étymologie de CAROLLES est très difficile. Réflexion faite, je « me rallierais à l’hypothèse de « quadrum » ou « quadra », « quarre » en ancien français, qui est appuyée par les deux pointes « de la Carelle et de Carolles. Le pré-latin CAR est écarté par la « phonétique, car dans la région d’Avranches, C + A devient CH « comme en français oriental et central (Cf les Cheires « auvergnates, le roc de la Chère en Savoie, etc). « Olle » est « sûrement  un suffixe parallèle à « elle » (12). 

 

À l’encontre de l’étymologie « pointe », il convient de rappeler que la soi-disant « pointe de Carolles » n’est qu’une illusion d’optique (pour des observateurs situés à Granville ou au Mont Saint-Michel), mais qu’en réalité la falaise de Carolles forme une ligne convexe ne présentant  aucune saillie méritant le nom de pointe (13).

 

 

NATURE DU SOL

 

La presque totalité de la Commune de CAROLLES est située sur un plateau constituant l’extrémité occidental du massif granitique qui s’étend de Vire à la mer et qui se termine par une falaise abrupte dont les points culminants sont une altitude de 71 m. à la Croix Paquerey et au Trait de Néron ; la plupart des maisons, entre le haut de la côte des Biaux et le village de la Guérinière, sont à une altitude comprise entre 50 et 60 mètres (14).

 

Par contre la partie nord de la Commune, dite « Carolles-Plage », forme le début des dunes, hautes de 8 à 9 mètres, qui bordent le rivage jusqu’aux saillants rocheux du Cap de Granville ; c’est ce qu’on nomme la « mielle », jadis région désolée et déserte, aujourd’hui survalorisée par la vogue des bains de mer (15).

 

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(11) Dictionnaire Topographique du Département de la Manche, 1936.

(12) Lettre en date du 12 janvier 1953.

(13) Revue de l’Avranchin, Tome XXXVIII, page 243.

(14) GAILLARDIN : Travaux préparatoires en vue de l’adduction d’eau potable (1953).

(15) Voir notre Histoire des Bains de Mer à Carolles et à Jullouville, parue en 1954.

 

 

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Les géologues décrivent le granit de Carolles comme « une roche « à grains moyens, d’un gris bleuâtre, à mica noir, avec orthose « blanc et oligoclase blanc verdâtre, quartz vitreux en plage » au pourtour de laquelle « les phyllades sont parfois transformées en « schistes tachetés à pseudo mâcles » exploités dans les carrières comme matériaux d’empierrement tandis que  « les parties non « altérées fournissent un beau granit se prêtant à la sculpture et au « polissage, dont les blocs sont utilisés pour des monuments « funéraires ». (On sait que la dalle de la Tombe du Soldat Inconnu provient de l’Avranchin) (16). 

On a signalé « des traces de sulfure de zinc dans des filonnets de « quartz qui traversent les phyllades métaphoriques du Pignon « Butor », ce qui a donné naissance à la légende des « mines d’or », dont l’inanité a été constatée par l’éminent et regretté professeur BIGOT (17). 

Ces terrains, formés de roches peu perméables, ne se prêtent pas à la formation de nappes étendues et importantes ; si les sources sont nombreuses et disséminées, elles sont d’un débit faible et très variable, et elles tarissent souvent l’été ; en 1839, le Commandant PEYTIER mentionne à Carolles plusieurs sources ferrugineuses, froides et acidulées, « bonnes pour diverses affections chroniques « de l’estomac, mais moins fréquentées depuis 20 ans par suite de « l’adoption des bains de mer et des changements dans la pratique « médicale » (18) ; vers 1930-35 on vendait une « eau de table » « limpide, sans dépôt, sans odeur et rafraîchissante », de la « source naturelle de la Coquerie », mise en bouteilles par H. FRANÇOIS, propriétaire à « CAROLLES-LES-BAINS ».

 

Deux ruisseaux côtiers baignent le territoire de Carolles : au nord, le Crapeu qui forme la limite de la commune ; au sud, le Crapot qui se jette dans le mer au Port du Lude.

 

 

LE CRAPEU ; LA VALLÉE DES PEINTRES

 

Ce ruisseau côtier, dont le nom, orthographié de diverses manières (19), semble devoir son origine aux crapauds qui hantaient ses eaux, prend sa source dans la commune de Bouillon, près de Rainfray ; d’abord orienté  vers le sud-ouest et dénommé  « ruisseau

 

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(16) A. BIGOT : Carte Géologique : feuille n° 44, 2e édition (1928).

(17) Lettre du 15 avril 1948.

(18) Mémoire manuscrit sur le levés de la caret d’état-major, 1839. Archives Historiques du Ministère de la Guerre, Carton n° 1241.

(19) « Craput » sur la carte de Mariette de la Pagerie. - « Crespeux » sur le plan cadastral (1827). - « Crapeut » (abbé Bertot et Dr  Olivier). - « Crapeud » (Jacques Simon).

 

 

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de Chanoy » dans son cours supérieur, il reçoit à Groussey les eaux du « ruisseau de Léquet » venant du sud-est, passe au « Pont Léquet » sous la route de Carolles à Bouillon, puis se dirige vers le nord-ouest à travers le vallon connu sous le nom de « Vallée des Peintres ». jusqu’à l’entrée de la plage de Carolles.

 

Mais au lieu de se jeter directement dans la mer au pied du Pignon Butor, le Crapeu, se heurtant à la dune, oblique à angle droit vers le nord et se rapproche progressivement de la mer pendant environ 400 mètres avant de se perdre dans la mer à peu de distance de Jullouville ; son estuaire, où l’on pouvait parfois observer avant 1950 le phénomène du mascaret, a été récemment modifié  par les travaux effectués lors de l’aménagement d’un grand terrain réservé aux campeurs, et c’est maintenant par un aqueduc souterrain que le Crapeu achève son cours, après un parcours total d’environ deux kilomètres.

 

Le volume des eaux du Crapeu est très variable ; si à la fin de l’hiver il augmente quelque fois suffisamment, pour déborder de son lit et inonder les prés voisins de la plage, il est au contraire en été réduit à un mince filet d’eau, voire même complètement asséché, semblable à ces oueds nord-africains qui s’évanouissent dans les sables.

 

La « Vallée des Peintres », que l’on nommait au XVIIIe siècle « Vallon Bouvet »  (20) et au XIXe siècle  « Ravin de la Trésorerie » (21) est un site des plus pittoresques, protégé par un arrêté ministériel du 22 Mai 1944 qui l’a inscrit à l’Inventaire des Sites Classés (22).

 

Depuis 1857 tout ce vallon appartient à des propriétaires privés, mais ceux-ci consentent à laisser libre l’accès aux promeneurs sur les chemins côtoyant le ruisseau, ce dont habitants et touristes leur sont vivement reconnaissants.

 

Les promeneurs qui jouissent aujourd’hui de ces frais ombrages ont peine à s’imaginer que vers 1850 cette vallée était « la plus nue, « la plus sauvage, la plus solitaire, la plus mélancolique, et « pourtant la plus majestueuse de la contrée » (23).  La transformation commença vers 1840 quand MM. DUCOUDRAY achetèrent les logements et les terres de la Névouerie dans l’intention d’y exploiter.

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(20) Carte de Mariette de la Pagerie et Doc. nr 26 du carton 1940 E 4 des Archives Historiques du Ministère de la Guerre.

(21) R. du VORSENT : Guide de Granville et de la Côte (1905).

(22) Archives Communales de Carolles.

(23) Abbé J. GUYOT : Mémoire manuscrit conservé au presbytère de Bouillon.

 

 

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le granit en vue d’en extraire des pavés pour les trottoirs de Paris et des pierres de grande dimension pour les bassins du port de Granville ; « MM. DUCOUDRAY firent faire des travaux utiles le « long du ruisseau, en faisant un pré là où il n’y avait que pierres « et jannières, et en faisant un chemin qui permit d’accéder à la « mer avec une voiture, ce qu’ils ne pouvaient auparavant faire « depuis la Névouerie qu’en passant par le hameau de la Rivière » (près de la Mare de Bouillon) ; ils avaient songé à faire le transport de leurs pierres par mer du Pignon Butor à Granville mais durent y renoncer comme trop dangereux à cause des vents du nord-ouest dominants les trois quarts de l’année ; le granit était porté à Granville par une énorme voiture traînée par six chevaux (23).

C’est à cette époque qu’ils plantèrent quelques arbres « lesquels, « s’ils se font bien, pourront un jour adoucir la perspective de cette « vallée sauvage  » écrivait alors l’abbé J. Guyot.

L’exploitation des carrières, malgré les difficultés de transport et la concurrence des carrières de Chausey, continua, à un rythme ralenti jusque vers 1926 ; elle a maintenant complètement cessé, et rien ne trouble plus la paisible quiétude de ce vallon, « gorge « profonde, creusée dans un massif rocheux hérissé de blocs de « schiste et de granit, dominée au nord par la colline de la « Névouerie et au sud par la Mazurie » (24).

 

« Une petite mare, qui reflète, immobile, des pans de rochers « abrupts et rouillés, rappelle l’emplacement d’une carrière de « granit bleu, jadis scintillante et sonore des coups de pics et de « coups de mines.

« Le ruisseau fait de capricieux méandres et traverse des « terrains rocheux où ont poussé depuis le début du siècle de « nombreux arbres qui procurent de délicieux ombrages ; les « chants des oiseaux se mêlent au murmure de petites cascades du « Crapeu ; des fougères arborescentes, des scolopendres, des « lianes et chèvrefeuilles s’accrochant aux branches, des fleurs « variées dans les vertes clairières, contribuent à créer dans ce « vallon un charme qui y attira de nombreux artistes ; d’où le nom «  époque où ils y voyaient souvent des ombrelles blanches abritant « des chevalets ». (25).

 

Après avoir traversé un petit lavoir, le Crapeu passe sous la grande arche de pierre qui fut construite en 1906 pour le chemin de fer de Granville à Avranches. Le développement de la végétation dérobe aujourd’hui ce pont à la vue des promeneurs, mais lorsque fut annoncée sa construction « ce fut un beau scandale quand les « baigneurs apprirent que des  Vandales  voulaient faire  enjamber

 

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(24) Dr OLIVIER : Carolles, Granville, Avranches et leurs environs (1922).

(25) Jacques SIMON : Carolles (1949).

 

 

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« LEUR ravin !... On fit signer une pétition aux artistes... Le pont « fut construit pendant que les baigneurs étaient à Paris. Et « aujourd’hui les artistes dessinent le pont sur ses deux faces ! » écrit le maître Jacques SIMON, qui ajoute : « Je signerais « volontiers une seconde pétition afin que soient conservés, pour « les piétons et les cyclistes, le pont et l’ancienne voie, piste « touristique idéale, sans côtes et sans autos. L’endroit est « charmant ; le chemin écoute la chanson du ruisseau qu’il côtoie « et qui se cache entre les pierres, sous les mousses et les fougères, « tandis qu’au dessus d’eux les arbres s’en donnent à feuilles que « veux-tu ». (25).

 

N’oublions pas que le Crapeu, malgré son insignifiance « fluviale », a joué et continue à jouer un rôle implorant comme limite administrative ; aux XVIIe et XVIIIe siècles le Crapeu était la limité séparant la Capitainerie Garde-Côtes de Granville de celle d’Avranches.

 

Présentement, il sert, sur toute la longueur de son cours, de limite méridionale à la commune de Bouillon qu’il sépare d’abord de Saint-Michel-des-Loups, puis de Carolles ; par suite, l’agglomération de villas construites à proximité de la plage de Carolles est partagée : la rive gauche, dite CAROLLES-PLAGE, dépend de Carolles, tandis que la rive droite, dite EDENVILLE, dépend de Bouillon, ce qui entraîne des complications diverses entre ceux deux sœurs siamoises.

 

Ajoutons que la commune de Bouillon faisant partie du Canton de Granville tandis que celles de Carolles et de Saint-Michel-des-Loups font partie du Canton de Sartilly, le Crapeu délimite ces deux cantons et par conséquent la compétence respective des gendarmes et des juges de paix, suivant que les faits se sont passés d’un côté ou de l’autre de son lit, si fréquemment à sec près de la plage de Carolles. 

 

LE CRAPOT, LA VALLÉE DU LUDE

 

 Quel est le nom du ruisseau qui se jette dans la mer au « Port du Lude » ?

 

Un document du 15 Janvier 1669, l’ « Aveu » de messire Hervieu de la Ferrière stipule : « Les hommes de Carolles seront « tenus à l’entretien du moulin conjointement avec les hommes et «  Crapot et la mer, dépendant de MM. Les abbé et religieux du « Mont Saint-Michel » (26). Cette dénomination de « Crapot », que nous avons   parfois  entendu  employer  par de  vieux habitants   de

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(26) Document communiqué par M. Potier à Charles Le Breton (4).

 

 

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Champeaux et de Carolles, se retrouve dans les ouvrages de Charles Le Breton (4) et du Docteur Olivier (24), tandis que Le Héricher appelle « Rivière de Carolles » ce ruisseau que d’anciennes cartes dénomment « R. De Néron » (27) ou « Ruisseau du Moulin de « Carolles ». (28).

 

De nos jours, beaucoup de personnes ont tendance, en raison du fait que son embouchure aboutit au « Port du Lude » à étendre au ruisseau la dénomination de « Lude », bien que cette extension ne soit justifiée par aucun document (10).

 

Le « Crapot » a une longueur d’environ 4.500 mètres ; il nait dans la commune de Saint-Michel-des-Loups et coule d’est en ouest en formant un arc de cercle légèrement incurvé vers le sud.

 

Traversant la commune de Champeaux au nord de ce village, il baigne l’ancien moulin de Champeaux, dont il ne reste que des ruines insignifiantes (non loin de la petite chapelle de N.-D. de Lourdes), pénètre près d’Incoville dans un vallon marécageux où poussent abondamment au printemps primevères et jonquilles, puis passe sous l’ancienne voie ferrée de Granville à Avranches et forme ensuite la limite entre les communes de Carolles et de Champeaux.

 

Pénétrant à l’Ourière sur le territoire de Carolles, le « Crapot » coule dans un vallon rocheux au sud de l’ancien hameau de la Cage et du « village » de la Lande, reçoit à droite les eaux du Ruisseau e la Tannerie (venant du Bois de Carolles et évoquant le souvenir d’une industrie disparue) ; ici la vallée s’élargit en une vaste prairie dominée par des collines plantées de chênes ; au XVIIIe siècle des retenues d’eau avaient aménagé un étang (qui n’a été asséché qu’au XIXe siècle) précédant l’ancien « Moulin de Carolles » où « il y « avait jadis chute d’eau, roues à palettes, meules de pierre, et « trois moines du Mont Saint-Michel qui contrôlaient le travail » (25) ; il y a maintenant un lavoir municipal près des vestiges de l’ancien moulin.

 

« Le Crapot » passe ensuite sous la Route Nationale, puis reçoit à droite un affluent, le Ru de Carolles, qui, venant du lieu dit La Manouillère, coule entre l’Humelière et la Cour Jamet, passe au nord de l’église, puis traverse la Doublière et s’infléchit vers le sud au village de la Noë ; ce Ru est le principal déversoir des eaux drainées dans le bourg de Carolles.

 

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(27) Carte manuscrite de Mariette de la Pagerie (n° 1009 de la collection d’Anville) conservée à la Bibl. Nat. N° Ge DD 2987.

(28) Plan cadastral (1827) et carte du Canton de Sartilly par Bitouzé-Daumesnil (1836).

 

 

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Plan

affiché

en 1933

par le

Syndicat

d’Initiative

 

 

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Désormais le « Crapot » poursuit son cours au fond d’une pittoresque  vallée,  profondément encastrée entre des coteaux arides ;  « à chaque pas surgit un nouveau tableau ; après la Ruette « aux Corbins, le ravin devient plus romantique et amène au Pont « Harel » qui est un gué formé de grosses roches. « Les coteaux se « resserent peu à peu ; seuls quelques aulnes suivent le cours d’eau « jusqu’à la Croisette, puis se couchent, s’amenuisent ; alors « l’herbe les recouvre, aplatie par le vent, salée par l’embrun. Au « dernier tournant apparaît une plage de galets, un chaos de « roches, et à l’horizon, la mer ». (25).

 

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les terrains de la vallée du Lude en aval du moulin étaient propriété communale ; mais, pour couvrir les frais d’un procès contre la commune de Saint-Michel-des-Loups, dont nous avons conté l’histoire dans notre étude « sur la falaise de Carolles » (10), la commune de Carolles, autorisée par arrêté préfectoral du 30 Janvier 1857, vendit ces terrains, qui mis à prix à 1.600 frs, furent adjugés le 5 Mai 1857 aux enchères publiques en l’étude de Me Lemoine-Lechesnay, notaire à Sartilly, au prix de 4.050 frs, à M. Louis Pottier, « à charge de laisser dans la partie à « l’est du chemin de la Croisette, tous les habitants de Carolles, « laver leurs linges et hardes au ruisseau et aux lavoirs pratiqués « actuellement et de souffrir aussi les mêmes habitants de Carolles « rouir tout leur lin et chanvre, soit dans la rivière si cela est « permis par les bordiers, soit au moyen de tranchées ou coupures « que l’on pourrait pratiquer selon que bon semblera aux mêmes « habitants  ». (29).

 

Le public continua à pouvoir circuler librement dans la vallée devenue propriété privée ; mais en 1900, les terrains furent acquis par Maître Lelièvre, notaire à Saint-Sever, qui envisagea de clore cette propriété et d’interdire le passage à la mer par les chemins la traversant (30) ; devant les protestations et la menace d’un procès intenté par la Commune de Carolles, Me Lelièvre consentit à une cession amiable moyennant le remboursement de ses débours ; cette acquisition, décidée le 9 Novembre 1902 par le Conseil Municipal et approuvée par arrêté préfectoral du  2 Juin 1903, a sauvegardé l’accès libre de cette vallée qui est l’un des sites les plus pittoresques et les plus visités de Carolles (31).

 

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 (29)  Archives notariales de l’étude Lemoine-Lechesnay, à Sartilly.

(30) Notice historique sur Carolles, par l’abbé BERTOT (1924).

(31) Archives communales de Carolles : Délibérations du Conseil Municipal.

 

 

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La légende dit que « les fées se plaisent sur les bords du « ruisseau : elles sont invisibles le jour, mais quand vient la nuit, « elles se transforment en lavandières et lavent un linge magique  « dans cette eau courante au-dessous des Chapelles (32), au pont « de la Croisette ou au « doué » du vieux moulin ; le bruit du « battoir est harmonieux, l’aspect de ces blanches nymphes est « séduisant, mais elles sont aussi terribles que belles : malheur à « l’imprudent qui oserait s’aventurer de leur côté et les épier au « lavoir : les cruelles le traîneraient, en riant, dans le ruisseau « rocailleux jusqu’à la mer » (4). 

 

LE CADASTRE

RÉPARTITION DU SOL PAR NATURE DE CULTURES

 

Si l’Assemblée Constituante avait, dès septembre 1791, voté le principe d’un cadastre parcellaire, c’est la loi du 15 Septembre 1807  qui fixa les modalités d’exécution et c’est seulement le 20 Octobre 1827 que fut terminé le Plan Cadastral de Carolles, par M. Sallebert, géomètre, sous la direction de M. Bitouzé, géomètre en chef ; la Matrice des Propriétés foncières fut signée le 2 Juillet 1829 par M. Pernot, directeur des Contributions Directes, à Saint-Lô.

 

Ce sont des travaux remarquables par la précision et la qualité de leur exécution ; le plan, à l’échelle de 1/2.500, indique les limites et le numéro de chacune des parcelles existant en 1827 ; les constructions y sont représentées ainsi que la nature des clôtures (murs ou autres) ; la matrice mentionne, pour chaque parcelle, le numéro cadastral, le lieu-dit, la superficie, le nom et la profession du propriétaire, la nature du fonds et sa catégorie ainsi que le « revenu » évalué.

 

Les 2.254 parcelles constituant l’ensemble des propriétés imposables représentaient une superficie totale de 370 ha. 08 a. 63 ca. et un revenu total évalué à fr. 6.203,45 (22). 

 

Ce plan n’a pas été modifié depuis son établissement, bien que les nombreuses mutations de propriétés intervenues depuis 140 ans aient eu pour conséquence de multiples fractionnements des parcelles délimitées à l’origine. Des registres intitulés « Augmentations et diminutions dans les contenances et revenus « portés sur les matrices cadastrales », où sont notées toutes les mutations de propriétés foncières, permettent de connaître le détail des parcelles ou parties de parcelles appartenant à chaque

 

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(32) C’est-à-dire : la Chapelle de saint Clément (en ruines).

 

 

- 12 -

 

propriétaire ; mais (comme dans toutes les communes) de nombreuses erreurs de transcription rendent éminemment désirable une révision générale du cadastre qui n’a pas encore été entreprise à Carolles.

Extrayons des documents cadastraux les tableaux ci-dessous qui indiquent la répartition du sol par nature de cultures au début du XIXe et au milieu du XXe siècles.

 

La comparaison de ces deux états met en évidence les profondes transformations apportées à l’économie de la commune par le développement des bains de mer et l’afflux des estivants : les superficies utilisées pour la culture et l’élevage ont diminué de près de 10 % tandis qu’augmentaient celles afférentes aux propriétés bâties et aux terrains d’agrément.

 

 

COMPOSITION DE LA COMMUNE :

bourg, villages, hameaux

 

Carolles se compose d’une agglomération principale, dite « le bourg » et d’agglomérations secondaires, dénommées « villages » ou « hameaux », dont certaines font maintenant corps avec le bourg en raison des nombreuses constructions édifiées depuis le début du XXe siècle.

 

Sous l’ancien régime, l’étendue de la paroisse de Carolles était notamment inférieure à celle de la commune actuelle, puisqu’elle ne comprenait ni les 135 hectares  incorporés  en 1818 lors  du partage

 

 

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de la Lande de Beauvais (33), ni les terrains du Trait de Néron au sud de la vallée du Lude qui dépendaient de l’Abbaye du Mont Saint-Michel et furent attribués à la commune de Carolles par l’ordonnance royale du 6 Février 1828 (10).

Nous indiquons ci-dessous le nombre de maisons d’habitation existant dans les différentes parties de la commune lors de l’établissement du cadastre et lors du dernier recensement :

 

 

Ces chiffres montrent que le nombre des maisons d’habitation a presque triplé alors que la population n’augmentait guère que de 20 % de 1829 à 1954 ; les 2/5e des maisons actuelles sont des villas occupées seulement pendant la saison d’été ; certains « villages » (la Cage, la Manouillère) sont totalement désertés et en ruines tandis que l’ancienne mielle est devenue le moderne « village » de Carolles-Plage dont la puissante force d’expansion, débordant les limites de la commune, a formé l’agglomération d’Edenville sur le territoire de Bouillon.

 

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(33) Voir notre étude Promenades touristiques autour de Carolles et Jullouville, parue en 1956.

 

 

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POPULATION

 

L’« Etat des paroisses et feux des Baillages et Sénéchaussées de France » dressé en 1328 fut le premier essai d’une évaluation détaillée de la population ; mais le manuscrit qui en contient les chiffres se borne à des résultats d’ensemble par circonscriptions et on n’y trouve aucune indication concernant la modeste paroisse de Carolles (34).

 

A la fin du XVIIe siècle, une évaluation précise par paroisse fut demandée aux Intendants par VAUBAN ; il fut alors déclaré que Carolles comptait 75 feux (35) : si l’on admet qu’en moyenne un « feu » correspondait à 4 habitants (estimation de Vauban) ou à 5 habitants (estimation d’Expilly), (36), on conclut que vers 1700 la population de Carolles était d’environ 300 à 375 habitants.

 

Après la Révolution, de véritables recensements furent effectués périodiquement ; les manuscrits conservés aux Archives Nationales indiquent que le nombre des habitants était de 637 en 1793 et de 618 en l’an VIII (1800) (38).

 

Les registres du « Recensement général au 1er Janvier 1806 » (39) mentionnent pour Carolles 142 « ménages ou feux » et une population de 622 personnes, savoir 148 garçons (de tout âge), 173 filles, 92 hommes mariés, 92 femmes mariées, 11 veufs, 37 veuves et 69 militaires sous les drapeaux (40).

 

À partir de la Restauration, on constate une rapide diminution du nombre des habitants : 560 en 1820 ; 528 en 1831 ; 523 en 1836 ; 552 en 1841 ; 503 en 1846 ; 532 en 1851 ; 445 en 1856 ; 464 en 1861 ; 452 en 1866 ; 423 en 1872, et en 1876, 397, chiffre le plus faible qui ait été atteint (41).

 

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(34) Bibl. Nat.: Manuscrits Fonds français n° 833.

(35) Nouveau dénombrement du Royaume, par généralités, élections, paroisses et feux, publié en 1720 chez Saugrain, libraire.

(36) Émile LEVASSEUR : La population française, p. 159.

(37) Cité par l’abbé Bertot dans la Revue de l’Avranchin de 1924.

(38) Archives Nationales - Dossier F 20-17.

(39) Archives Historiques du Ministère de la Guerre à Vincennes, numéro 1119.

(40) Remarquons le nombre élevé de militaires sous les drapeaux, qui atteint 11 % du nombre des habitants ; c’est la proportion la plus élevée dans le canton de Sartilly dont la moyenne était de 5 %.

(41) D’après les Annuaires du Département de la Manche.

 

 

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Ultérieurement  la population s’accroît, d’abord lentement : 430 en 1881 ; 448 en 1886 ; 450 en 1891 ; 503 en 1896 ; 468 en 1901 ; 518 en 1906 ; 535 en 1911 ; 491 en 1921, puis à un rythme plus rapide : 532 en 1926 ; 585 en 1931 ; 628 en 1936 et 714 en 1946 ; une légère régression est enregistrée en 1954 : 675 habitants (42). 

 

Le rapprochement des chiffres ci-dessus avec ceux des statistiques de l’état-civil nous conduit à des constatations très intéressantes quant aux causes des variations du nombre des habitants (42).

 

 

Ce tableau fait nettement apparaître la diversité des mouvements de population depuis 1792 :

1° Pendant les 28 années de 1792 à 1820, période marquée par les remous politiques et militaires de la Révolution et de l’Empire, le nombre des habitants diminue de 77 unités malgré un excédent de 45 naissances sur les décès ; c’est donc que 122 habitants (20 %) sont partis vers les bourgs et villes ou décédés sur les champs de bataille ; - 2° pendant la période suivante de 55 ans, l’énorme augmentation des décès, qui surpasse de 183 unités les naissances, provoque une diminution de 30 % du nombre des habitants ; cette mortalité élevée parait due au fait que la douceur du climat et le bon marché relatif de la vie ont attiré à Carolles beaucoup de personnes âgées (retraités de la douane et de la marine, etc.) tandis que l’attrait de la vie urbaine s’exerçait sur les éléments jeunes de la population, le chiffre de 20 « immigrants » représentant seulement la différence entre ces mouvements ; - 3° depuis 1876, le développement progressif de Carolles comme station balnéaire et estivale a eu pour conséquence un important accroissement de la population malgré la persistance des excédents des décès sur les naissances, en raison de l’afflux d’artisans et de commerçants venus s’installer avec leurs familles : grâce  à cette  « immigration »  nette  de plus de cinq cents

 

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(42) D’après les publications de la Statistique Générale de la France au Ministère de l’Intérieur.

(43)  Archives Communales de CAROLLES : Registres d’état-civil - Liste nominative du dénombrement en mai 1954 - Listes électorales.

 

 

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personnes, la population de Carolles au milieu de XXe siècle atteint un chiffre plus élevé qu’à aucune époque antérieure.

 

 

 COMPOSITION DE LA POPULATION

 

Voici, d’après les résultats du Recensement de Mai 1954, quelle était la répartition par âge et par sexe :

 

 

 

Un quart des habitants sont des vieillards de 65 ans et plus, tandis que les « moins de 15 ans » ne sont que 21 % ; on remarquera le petit nombre relatif des adultes de 25 à 45 ans.

 

 

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On voit que près du tiers de la population active continue à s’adonner à la culture et à la pêche qui étaient autrefois les éléments essentiels de l’économie de la commune.

Quant aux conditions d’habitat, les 675 habitants constituent 266 ménages qui occupent 263 maisons ; c’est à dire qu’à Carolles, chaque ménage habite une maison distincte (à la seule exception de 6 ménages qui deux à deux occupent un même immeuble) et compte en moyenne 2 à 3 personnes.

Géographiquement, la population recensée se répartit comme suit :

 

Quant à la nationalité, il y avait en 1954 12 étrangers (espagnols et portugais) appartenant à deux familles : les 663 autres habitants étaient français.

Les documents du recensement ne contiennent aucune indication sur les lieux de naissance des habitants ; mais en consultant la liste électorale nous avons pu déterminer comme suit l’origine des habitants majeurs :

 

 

Cette statistique met en évidence la complexité des origines de la population de Carolles : 15 % seulement des électeurs y sont nés, 85 % viennent d’autres localités.

Une des conséquences de ces brassages de population est la raréfaction des patronymes des anciennes familles carollaises. Au milieu du XVIIIe siècle le dépouillement des registres paroissiaux de 1746 à 1755 nous a révélé que sur 900 noms énoncés dans les actes, 57 %  sont  constitués  par  12 patronymes  seulement  ;  l’un  deux,

 

 

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DESROCHES, bien caractéristique de ce pays de Carolles où la roche affleure à chaque pas) se rencontre 230 fois, soit dans 25,5 % des cas. Mais la liste nominative du recensement de 1954 mentionne une multitude de noms variés parmi lesquels ne figurent plus que 2 DESROCHES !

 

Une autre conséquence est que, depuis une vingtaine d’années, le Conseil Municipal, autrefois presque exclusivement composé de natifs de Carolles, n’en comprend plus qu’une minorité (2 sur 13 élus en 1953).

 

Pour compléter ce tableau de la population de Carolles, voici les opinions politiques exprimées lors des votes aux élections pour les Assemblées Constituantes de 1945 et 1946 et pour l’Assemblée Nationale :

 

 

 

LA POPULATION ESTIVALE

 

Aucun document officiel ne permet de connaître avec exactitude le nombre de personnes étrangères à la commune qui viennent y résider pendant la « saison » balnéaire, spécialement du 14 Juillet à fin Août.

 

En comparant les quantités de pain vendues par les boulangers de Carolles pendant les mois de Juillet et Août avec celles vendues en Février, on peut estimer que le nombre des consommateurs de pain est cinq fois plus élevé en été qu’en hiver, ce qui nous incite à évaluer à environ 3 à 4.000 le nombre d’estivants au début d’Août.

 

 

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CHEMINS ET ROUTES

 

Certains archéologues : de Gerville Latouche (44), Charles Le Breton (45), Le Héricher (46), le vicomte de Potiche (47), ont émis l’hypothèse qu’une voie romaines unissant Coutances à Rennes aurait passé par Carolles. Mais cette opinion, due surtout à l’existence du camp romain des Chatelliers sur la falaise (10), n’est appuyée par aucun vestige.

 

Les cartes du XVIIIe siècle indiquent que la route de Granville à Avranches franchissait le Thar au pont de Guijoy et passait par Saint-Pierre-Langers et Sartilly ;un embranchement se détachait à Angoménil, franchissait le Thar au pont de Lézeaux (très ancien, aurait existé dès 1337 (48), passait près de Vaumoisson, puis par Saint-Michel-des-Loups gagnait Saint-Jean-le-Thomas et Genêts : c’était une « voie montoise » fréquentée par les pèlerins.

 

Carolles, situé à l’écart de ces grandes voies de communication, n’a été desservi qu’au premier tiers du XIXe siècle que par des chemins ruraux, de faible largeur et mal entretenus, dont Chepy a donné une description pittoresque (49) : Les chemins sont encaissés, quelquefois très profondément. Des haies épaisses et parsemées d’arbres de haute futaie en bordent les côtés. Chaque champ est entouré d’une espèce de mur en terre que l’on nomme « fossé » et dont la partie supérieure à un ou deux mètres du sol est également occupée par une haie épaisse semée de grands arbres... Lorsque la pente est douce, il n’est pas rare que le terrain soit marécageux ; nombre de chemins sont envahis par les eaux pluviales, et, comme les arbres et les haies qui forment berceau rendent l’évaporation fort lente, il arrive qu’on ne peut s’engager dans de pareils chemins et que, pour éviter cet obstacle il faut se jeter à droite ou à gauche dans les champs où l’on rencontre un sentier de servitude, mais qui ne peut servir qu’aux piétons vu qu’à chaque haie transversale il est coupé par une barrière d’un mètre de hauteur que l’on nomme « échallier ».

 

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(44) Villes et voies romaines (1838).

(45) La Revue de l’Avranchin (1883).

(46) Avranchin Monumental et Historique, Tome III (1865).

(47) La Baie du Mont Saint-Michel (1891).

(48) J. TARDIF : Saint-Pair-sur-Mer au XIVe siècle.

 

 

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Et le Commandant Peytier conclut (49) : Ces chemins sont en général en mauvais état et impraticables la moitié de l’année.

Nos lecteurs pourront vérifier la fidélité de cette description en allant se promener dans certains chemins de la périphérie de la commune (par exemple entre la Manouillère et la Roque au Maire, ou du côté de la Cage) qui, plus ou moins inutilisés, sont restés dans l’état où ils étaient il y a plus de cent ans.

En 1823 l’état des chemins dressé en exécution de la loi du 9 ventose an XIII décrit 21 chemins existant dans la commune « depuis un temps immémorial » (22).

En 1838 l’agent-voyer estima nécessaire de réparer les chemins joignant Carolles à Sartilly, Bouillon, Saint-Michel-des-Loups et Champeaux, mais le Conseil Municipal proteste que « l’agent-voyer ne parait pas avoir examiné ces chemins avec attention, puiisqu’il est de fait que dans ceux-mêmes qu’il désigne comme en mauvais état d’entretien, ON NE TROUVE PAS DE BOUE NI D’EAU DE MANIÈRE À COUVRIR LE SABOT DU PIED D’UN CHEVAL et que dès lors il n’y a pas lieu de voter de nouvelles prestations (31). Le critérium considéré comme satisfaisant par la municipalité est symptomatique du peu d’importance attaché alors à la voirie ; et cependant en 1839 les mêmes édiles constataient que  « les communications de la commune avec les foires de Sartilly, d’Avranches et de la Haye-Pesnel par lesquelles elle écoule son bled et ses bestiaux sont remplies d‘obstacles et presqu’impraticables en hiver (31) ; ils proposaient de classer comme « chemins vicinaux » (loi du 21 mai 1836), mais « en les portant seulement à 5 mètres de largeur, vu qu’une grande partie est en plaine », les trois chemins partant de l’église et se dirigeant evrs Sartilly (par l’Humelière, le Goulet de Carolles, la lande de Beuvais et le Creux d’Angey), vers Champeaux (par le Placin-Malouet, la Chevalerie et le Moulin) et vers Bouillon (par le Hamelet et le Pont à Lesquet), chemins qui furent effectivement classés sous les nos 1/56, 2/140 et 3/63.

Un embranchement du Vo 2/140 «partant du Placin Malouet passait par la Croix, la Doublière et le Rocher, et de là vers Granville par les trois quartons, la Hogue du Baisier, le cortil de la Fosse, le Hutrel de la Court Greux et la grève du Pignon Butor » ; en 1845  l’agent-voyer  fit ouvrir  vers  le Pignon Butor  un  chemin

 

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(49) Mémoires des officiers chargés des travaux d’établissement de la carte d’état-major, Manuscrits conservés aux Archives Historiques du Ministère de la Guerre, à Vincennes, Carton n° 1241.

 

 

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neuf passant « par la campagne de Carolles » (c’est l’actuelle Route Nationale, tandis que l’ancien chemin est actuellement connu sous le nom de « chemin ombragé »).

 

Un état des chemins publics ruraux annexé à l’arrêté préfectoral du 29 Juin 1846 énumère 26 chemins dont la largeur n’est que 2 m. à 2 m. 25 sauf trois dont la largeur est de 3 m. ou 3 m. 50 (50)  ; les Carollais s’en contentaient : en 1851 le Conseil Municipal déclarait : « le seul chemin utile à la commune est celui n° 1/26 pour se rendre à Sartilly, chef-lieu de canton », ce qui prouve qu’au milieu du XIXe siècle Carolles continuait à vivre solitairement sans se soucier des commodités de relations avec les centres urbains de Granville et d’Avranches. Aussi le réseau des chemins demeurera-t-il inchangé, et pendant les trente années suivantes seul fut classé comme vicinal (Vo 4/185 bis) le chemin des Nérons.

 

Mais vers 1880 la vogue de Carolles auprès des artistes et des estivants modifia peu à peu cet état d’esprit, et lorsque l’Administration des Travaux Publics mit à l’étude le projet d’une route de Granville à d’Avranches parle littoral, le Conseil Municipal insista pour que soit adopté le tracé par Carolles : la nouvelle route, dite G. C. 21,  est ouverte en 1891-92, mais dès cette époque on s’inquiète « de l’étroitesse de cette route dans la côte des Biaux où elle n’a que 6 mètres de largeur alors qu’elle a 8 mètres de large de Granville à cette côte » ; en 1932 cette route devient nationale : R. N. 811.

 

Le XXe siècle a vu l’amélioration du réseau routier carollais : sol bitumé, aménagement des carrefours, transformation en G. C. ou en Vo de divers tronçons, percement de nouvelles voies, etc. ; la récente acquisition par la commune de l’ancienne voie du chemin de fer ajoute une route directe de la Mairie au cimetière et un nouveau « chemin ombragé » de la Mairie à la Vallée des Peintres.

 

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(50) Archives des Ponts et Chaussées à Avranches.

 

 

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LA MAIRIE : L’ADMINISTRATION MUNICIPALE

 

Dans son Guide de Granville à Saint-Malo, publié en 1867, Le Héricher signale que la Mairie de Carolles, qui venait d’être construite) était « la plus jolie de l’arrondissement d’Avranches », et en 1876, Charles Le Breton soulignait  l’élégance de cet édifice qui abritait à la fois la mairie, l’école et le logement de l’instituteur. 

 

Mais le local qui méritait ces éloges il y a trois quarts de siècle était devenu très insuffisant de nos jours, tant à cause de l’augmentation de la population qu’en raison de l’accroissement des tâches incombant aux services municipaux ; aussi, en  1950, le Conseil Municipal décida l’achat de l’ancienne gare du chemin de fer de Granville à Sourdeval, désaffectée du fait de la substitution de l’automobile à la locomotive ; le bâtiment fut aménagé pour y installer les services de la mairie et un logement pour l’institutrice-adjointe.

 

L’inauguration eut lieu le 23 Mai 1954 en présence de M. Duchêne-Marullaz, sous-préfet d’Avranches ; la métamorphose des locaux a été réalisée de façon très heureuse : une vaste salle aux peintures claires, éclairée au néon, aux murs ornés de plans et d’œuvres d’artistes carollais, sert pour les délibérations du Conseil Municipal, la célébration des mariages et la réception du public ; un guichet donne accès au secrétariat et au cabinet de Monsieur le Maire ; pratique et confortable, cette organisation fait honneur à ceux qui l’ont conçue et réalisée.

 

Les archives communales sont classées sur des rayons ad hoc . elles contiennent notamment la collection complète, reliée et en parfait état, des registres d’état-civil depuis l’année 1674, les registres des délibérations de Conseil Municipal depuis 1837 (sauf pour la période 1855 à 1883), le plan cadastral (1829) et les registres relatant les mutations postérieures, etc...

 

Voici quels ont été les maires de Carolles depuis la constitution de l’administration municipale :

 

1792 : Georges DESROCHES. - Fructidor an VIII : Guillaume LE MARÉCHAL. - Vendémiaire an XI : Louis TAUPIN. - Juillet 1813 : Nicolas TAUPIN. - 1817 : FONTAINE. - Août 1818 : Jean DESROCHES. - Juin 1828 : Nicolas TAUPIN. - Décembre 1837 : Pierre-François CARBONNET. - Octobre 1840 : Georges

 

 

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DESROCHES. - Décembre 1855 : Louis-Charles POTTIER. - Janvier 18 9 : Georges DESROCHES. - Septembre 1867 : Martial GEFFROY. - Février 1881 : Jules COUPARD. - Mai 1900 : Alexandre DESROCHES. - Mai 1912 : Julien MANCEL. - Octobre 1921 : Alexandre DESROCHES. - Juin 1937 : Henri LOTTIN. - Novembre 1944 : Jacques NORMAND. - Septembre 1953 : Roger CREUX.

 

Le Conseil Municipal élu en 1953 et complété en 1955 à la suite de décès et démissions, comprend actuellement : M. Roger CREUX, maire ; MM. Louis ARONDEL et Emmanuel LANDRON, adjoints au maire ; Mme   Paul LABBÉ, MM. Jacques NORMAND, ancien maire, Octave TANQUERAY, Pierre ROUSSEL, Jean REBEL, Raymond PALLUEL, Raymond RIEUL, Pierre POZZO fils, CLEF et GAUTIER.

 

Autrefois le secrétariat de la mairie était assuré par l’instituteur ; mais la complexité de la législation et l’importance des travaux exigés des municipalités rendent nécessaire de confier désormais ces fonctions à des techniciens spécialisés, Mademoiselle Odette GOSSE assure le secrétariat de la Mairie de Carolles.

 

 

LE MONUMENT AUX MORTS POUR LA FRANCE

 

Sur la place voisine de l’église, au carrefour où se croisent la route nationale, l’avenue de la Mairie et le Chemin de Bouillon, se dresse le monument en l’honneur des soldats de Carolles morts pour la France.

 

Son érection, décidée par le Conseil Municipal en février 1919, fut réalisée par un comité composé d’anciens combattants, du général Dupain et MM. Jacques Simon, Debon et Bourroult.

 

Surmontée d’une Croix de Guerre en bronze et ornée d’une palme de même métal, une stèle de granit rappelle les noms des Carollais tombés au champ d’honneur :

 

1914-18 : Maurice FOLLAIN, Pierre HÉRARD, Léon HUBERT, Léon GIRARD, Paul LANGLOIS, André LEHODEY, Félix PASSAYS, Émile BLIN, Louis PROU, Henri BLANCHET, Victor MASSELIN, Adolphe BARDOULT, Charles BESTILLE, Eugène DELALANDE, Albert LANGAVANT, Emmanuel TRUDEL.

 

1939-45 : Roger DUFRESNE, Régis EWALD, Joseph ANAIN, Pierre TERCINET, Alexandre DESROCHES.

 

 

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INSTRUCTION PUBLIQUE

 

A la fin du XVIIe siècle, il n’y avait dans tout le diocèse d’Avranches que cinq écoles primaires, destinées exclusivement aux garçons, et aucune pour les filles ; il est vraisemblable qu’à cette époque les habitants de Carolles étaient presque tous, sinon tous, illettrés. (51).

Pendant les dix années 1746 à 1755, sur les 40 mariages qui furent célébrés à Carolles, 48 % des époux et 85 % des épouses ne savaient même pas signer leur nom et firent leur »marque » sur le registre. (52).

De 1838 à 1851, il y eut à Carolles une école de garçons et une école de filles ; de 1852 à 1911, l’école fut mixte sous la direction d’une institutrice ; d’abord installée dans un local loué, elle fut ensuite logée dans l’édifice communal qui venait d’être bâti pour la Mairie.

Dès 1891, le Conseil Municipal demanda la création d’écoles distinctes pour les garçons et les filles ; ce vœu fut renouvelé en 1906, alors que l’école mixte comptait 60 à 70 élèves, mais c’est seulement en 1910 que fut décidée la construction d’un nouveau bâtiment d’école (destiné aux filles) et à partir de 1911 l’école fut dédoublée. (31).

L’afflux des réfugiés pendant la guerre de 1939-45 entraîna un fort accroissement de l’effectif scolaire ; une classe supplémentaire fut temporairement ouverte à l’Hôtel Bénit en 1940.

En 1946 fut autorisée la création d’une section enfantine.

En 1955, la mairie ayant été transférée dans de nouveaux locaux, le bâtiment de l’école des garçons fut agrandi et aménagé pour recevoir en deux salles distinctes la section primaire (garçons) et la section enfantine (mixte).

Le nombre des élèves pendant l’année scolaire 1956-1957 a été d’environ 28 garçons, 20 filles et 35 à la section enfantine.

Voici les noms et la date d’entrée en fonctions des instituteurs et institutrices qui, depuis un siècle, ont enseigné dans les écoles publiques de Carolles :

 

École mixte : 1854, Mlle Couétil ; 1881, Mlle Lediot ; 1883, Mlle Julie Servain.

 

École des garçons : 1911, Albert Duchesne : 1913, Louis Hubert, mort pour la France ; 1914, Mme Henrelle ; 1919, Fernand Robillard ; 1932, Roger Follain ; 1946, Aimable Robillard.

 

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(51) MASSELIN, SEGUIN et VIVIER : « Avranches » (1930).

(52) Archives Communales - Registres paroissiaux d’état-civil.

 

 

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École de filles : 1911, Mlle Julie Servain ; 1914 à 1918, diverses suppléantes ; 1918, Mme Anquetil ; 1919, Mme Robillard (Marie), épouse de l’instituteur ; 1937, Mlle Georgina Liot ; 1941, Mlle Guillaume, devenue Mme Deniel ; 1945, Mme Farault (Raymonde) ; 1953, Mme Métayer (Annick).

 

Section enfantine : 1954, Mme Jean (Yvonne).

 

Une chorale scolaire, « Les Gais Pinsons », dirigée par l’instituteur, a remporté des prix dans diverses compétitions scolaires ; elle prête son concours aux cérémonies patriotiques du 14 juillet et du 11 novembre et à des soirées au profit de la Coopérative Scolaire qui, sous la direction du même animateur, organise en fin d’année scolaire, pour les élèves les plus âgés, des voyages instructifs et éducatifs : en 1951 et 1953, Paris et Versailles ; en 1952, les châteaux de la Loire ; en 1954, séjour en Bretagne par échange avec l’école du Fresney-d’Oisans (Isère) ; en 1957, les châteaux de la Loire.

 

Outre les écoles publiques, une école privée pour les filles a été ouverte depuis 1935 ; d’abord école maternelle dirigée par Mlle Coutard, elle fut en 1938 transformée en école primaire libre, dirigée par Mlle Lebouvier, accompagnée d’une garderie tenue d’abord par Mlle Fouasse, puis depuis 1946 par Mme Ouvrard.

 

 

L’ÉGLISE SAINT-VIGOR

 

La partie la plus ancienne de l’église est la tour  rectangulaire massive, terminée par un toit en bâtière, dont les fenêtres, les arceaux intérieurs et les gros piliers couronnés d’angelots grossièrement sculptés semblent remonter à la fin du XIIe siècle.

 

L’église, primitivement fort petite, fut transformée  en 1695 par l’élargissement du chœur.

 

L’évêque d’Avranches, Durand de Missy, étant venu à Carolles le 27 septembre 1749, constata le mauvais état de l’édifice : «  La nef est totale ruine ; elle est interdite pour Noël prochain si la couverture n’est pas réparée de manière que l’eau ne pénètre plus . les deux autels qui sont dans la nef sont interdits ». (3). La nef fut donc reconstruite en 1750 dans le même style que le chœur, avec des fenêtres en forme d’arc surbaissé, moins gracieuses que celles de la tour.

 

En 1901, on ajouta sur la partie sud de la tour un clocheton de granit abritant les cloches et supportant une horloge ainsi qu’un large  panneau mentionnant  le  nom  du  donateur de cette  dernière

 

 

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(Gaston Fabien Arnaud-Jeanty), panneau qui subsiste encore bien qu’une horloge électro-mécanique ait été, aux frais de la commune, substituée en 1954 à la précédente devenue hors d’usage.

Carolles - Église Saint-Vigor

 

En 1933-34, des travaux considérables ont profondément modifié la vieille église ; l’ancien chœur fut démoli, puis reconstruit dans le style ogival, agrandi de deux spacieuses chapelles, sur les plans de l’architecte André Cheftel ; un chevet original, orné d’une fenêtre à trois lancettes, et trois pointes sur les bas-côtés s’harmonisent avec la vieille tour. Les baies du chœur et des chapelles sont garnies de onze verrières dues à un artiste carollais, le maître Jacques Simon ; ces jolis vitraux, dont la description détaillée a été publiée dans la Revue de l’Avranchin de mars 1937, tamisent la lumière sans assombrir et donnent un jeu de couleurs variées selon les diverses heures du jour.

 

L’autel, en granit rose, est orné d’un bas-relief en bronze dû au sculpteur Henri Delaspre. Deux vieilles statues en bois sculpté de saint Vigor et de saint Laurent complètent la décoration du chœur ; une ancienne statue en pierre, présumée du XVe siècle, exhumée du sol de l’ancien cimetière, est placée près de la chaire en bois sculpté au bas de laquelle on lit : « Dedit Jourdan, Rector de Carolles, Fecit D. Fillastre, de Lolif, 1803 ».

 

Les fonts baptismaux sont constitués par une cuve de granit rectangulaire semée irrégulièrement de disques en relief semblable à des  besants  (peut-être romane),  supportée par  quatre  colonnettes

 

 

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galbées certainement très postérieures (probablement du XVIIIe siècle). (53).

Dans le pavage des chapelles construites en 1934 ont été scellées deux pierres tombales qui gisaient auparavant, abandonnées, dans le vieux cimetière entourant l’église. L’une est une dalle de 1m70 sur 60 cm., avec l’inscription : « Ici repose le corps de discrètte personne Mo Jean Ba. DESROCHES, Ptre curé de CAROL, doyen rural de GENEST, décédé (ici un calice surmonté d’une hostie avec trois larmes de chaque côté) le 21 Juillet 1776. Priez bien pour le repos de son âme, pater et ave ».

 

L’autre est une dalle très usée, caractères en creux, avec un blason effacé et l’inscription : « Cy gist le corps de LA FERRIÈRE, qui a donné 7 livres de rente à l’église ».

À l’extérieur, au sud-ouest de la nef, se voit une arcade ogivale qui remonte probablement au XVIIe siècle ; la plupart des archéologues la considèrent comme le porche primitif de l’église, le portail actuel dans l’axe de la nef ne datant, selon eux, que de 1750 ; mais quelques autres prétendent que ce soi-disant « porche latéral » (dont les églises de certaines communes du littoral offrent d’autres exemples), loin d’avoir servi d’accès à l’église, constituait le « porche des morts » où l’on exposait jadis les cadavres rejetés par la mer en attendant que l’identification des noyés permit de déterminer leur religion.

L’église de Carolles est dédiée à saint Vigor.

 

D’après les « Acta Sanctorum » des Bollandistes, VIGOR naquit à Arras d’une famille noble et pieuse . il fit de solides études sous la direction de saint Vaast ; à la fin de son adolescence, il s’enfuit de la maison paternelle en compagnie d’un jeune camarade nommé Théodomir ; tous deux se fixèrent à Reviers (à 4 km. de Bayeux), et Vigor fit des prédications aux habitants de la région. Peu à peu,  des bruits se répandirent au sujet de miracles attribués à Vigor : un enfant ressuscité, la vue rendue à des aveugles, l’ouïe à des sourds, le mouvement à des paralytiques, etc...

« Un seigneur, nommé Volusien, pria Vigor de venir dans une de ses « forêts où vivait un énorme serpent qui faisait d’affreux ravages ; Vigor  « se rendit au repaire du monstre, leva la main et fit le signe de la croix : « la  bête tomba, terrassée ; il lui mit son étole autour du cou et la remit, « ainsi  enchaînée, aux mains de Théodomir qui l’emmena et la noya. En « reconnaissance, Volusien fit don à Vigor du lieu dit « Cerisy » où « s’était  passé le miracle. Vigor y fonda un monastère et y construisit « une église (qui fut ultérieurement détruite par les Normands, mais « reconstruite par Robert 1er duc de Normandie, qui la dédia à saint « Vigor ; les sceaux de l’abbaye de Cerisy, gravés au XVIIe siècle, « représentent le miracle ». (54).

 

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(53) VIVIER et SEGUIN : Les fonts baptismaux de la Manche.

(54) Recherches historiques sur les reliques de Saint Vigor, évêque de Bayeux, par le Chanoine DESLANDES, archiviste de l’Évêché (1920).

 

 

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Choisi vers 1514 comme évêque de Bayeux, Vigor continua ses efforts d’évangélisation ; il mourut le 1er novembre 537.

La renommée de sa sainteté et de ses exploits miraculeux se répandit au loin, et de nombreuses églises furent consacrées sous son vocable, notamment, dans le diocèse d’Avranches, celles de Carolles, de Champeaux et de Tanis.

Sa fête est célébrée le dimanche qui suit le 3 novembre. À Pont-de-l’Arche, on y amène en pèlerinage les enfants débiles auxquels on souhaite plus de « vigueur ».

Les recherches que nous avons faites, tant dans les registres de baptêmes des XVIIe et XVIIIe siècles que dans les registres d’état-civil du XIXe siècle, ont permis de constater que les habitants de Carolles n’ont que très rarement donné à leurs fils le prénom de « Vigor » ; il en est de même présentement.

Voici les noms  des Curés de Carolles, depuis la fin du XVIIe siècle (55) :

Jean Le Guérinais (1678) ; Christophe Postel ; Henri de la Ferrière (1683) ; Michel Durand (1703) ; Henri Dezilles (ou des Isles) (1704) ; Jacques Guillard (1732) ; Jean-Baptiste Desroches (1746) ; Jean-Jacques Jourdan de Prévalon (1776).

Ce dernier refusa de prêter le serment constitutionnel et en 1791 émigra à l’étranger. En novembre 1791, François Burdelot, capucin du couvent d’Avranches, fut nommé à la cure de Carolles par le suffrage des électeurs ; il mourut un an plus tard à l’hôpital d’Avranches.

Lors de la réquisition de l’argenterie par les soins de l’administrateur du district d’Avranches, Froin, le procès-verbal suivant fut dressé à Carolles le 18 septembre 1793 :

« L’inventaire a été dressé aux termes de la loi : l’argenterie a été « envoyée au directoire d’Avranches, avec tous les effets qui existaient « dans l’église, le premier Germinal, dont quittance. Dans le moment « actuel il n’y a plus d’argenterie appartenant à la cy-devant église de « Carolles. Nulle observation à faire. Certifié sincère et véritable, le « second jour des sans-culottides de l’an second de la République « Française, une et indivisible.

« J. Maréchal, agent national ». (56).

Mais en réalité le custos Louis Brion avait réussi à dissimuler la croix de procession, qui était en argent, et qu’il enfouit successivement en diverses cachettes, à la Noë, à la Cage et au Port du Lude ; elle fut ultérieurement restituée à l’église où elle se trouve encore maintenant.

Après le Concordat, l’église fut rouverte au culte qui fut d’abord assuré par Pierre Patron, ancien capucin ; J.-J. Jourdan de Prévalon, revenu de Jersey en 1802, reprit ses fonctions de curé et eu pour successeurs : Louis Dufresnes (1811), Pierre Lainé (1815), Pierre Poulain (1855) , François Pillay (1883), Gabriel Lecomte (1884), et au XXe siècle : les abbés Bertot (1913), Milcent (1930), Eon (1935), et Michel (1937).

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(55) On trouvera dans la Revue de l’Avranchin de 1924 des notes de l’Abbé BERTOT contenant des détails biographiques sur les anciens curés de Carolles.

(56) Ces documents, actuellement conservés aux Archives Départementales des Ardennes (sic) ont été cités dans le Tome XII des Mémoires de la Société d’Archéologie d’Avranches.

 

 

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LE CIMETIÈRE

 

L’ancien cimetière était situé autour de l’église comme le sont encore ceux de nombreuses localités de la région. Il était planté d’ifs et de très vieux cyprès, dont un seul a survécu aux transformations de 1934, et orné d’une grande croix romane qu’on peut voir aujourd’hui en face de l’entrée de l’église . au dessus de la porte du cimetière se lisait vers 1840 : « Respect au dernier asile de l’homme ». (3).

 

Ses tombes, humbles et modestes, évoquaient le souvenir des familles établies depuis de longues années sur le territoire de la commune ; aucun monument n’y rappelait les anciens seigneurs, sauf une dalle maintenant enchâssée dans le pavage de la nouvelle église.

 

Dès 1857 le Conseil Municipal fut sollicité de transférer le cimetière en un lieu plus éloigné des maisons d ’habitation, mais cette proposition fut écartée.

 

Plusieurs cas de variole ayant été constatés en 1886, une pétition appuyée de 34 signatures (dont deux médecins), réclama la translation du cimetière ; mais une contre-pétition, signée de 175 personnes, demanda le maintien du statu quo en faisant valoir que le centre du bourg tendait à se déplacer vers la plage, que le cimetière était à la périphérie et à plus de 300 mètres des maisons atteintes par la variole, etc... ; après délibération, le Conseil Municipal conclut dans le sens des protestataires : « les habitants veulent reposer à côté de leurs ancêtres. Toutes les communes de la région ont leur cimetière à côté de l’église. Pourquoi vexer la commune de Carolles qui a donné tant de preuves de dévouement au Gouvernement de la République ? » répondit-il au Sous-Préfet d’Avranches qui avait transmis la pétition.

 

Et on ne parla plus de cette question pendant une vingtaine d’années.

 

En février 1908, l’extension continue des constructions de villas, l’imminente ouverture de la voie ferrée dont la gare était bâtie à proximité de l’église, et l’exiguïté du cimetière en prévision d’un accroissement de population, déterminèrent le Conseil Municipal à décider la création d’un nouveau cimetière au lieu dit « La Roque au Maire », au croisement de la route de Sartilly et de la voie ferrée ; mais ce n’est qu’en janvier 1914 que la commune emprunta au Crédit Foncier les 9.500 francs nécessaires pour les frais d’aménagement du terrain. Toutes les inhumations eurent lieu désormais dans le nouveau cimetière, la première étant celle de l’abbé Lecomte, curé de Carolles, en mai 1914. 

 

 

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Des concessions perpétuelles furent accordées par le Conseil aux Morts pour la France et au Docteur André Rabuel, décédé victime de son dévouement pour les diphtériques. (31).

En février 1934, les travaux d’agrandissement de l’église entraînèrent la disparition de l’ancien cimetière dont les tombes furent transférées dans le nouveau ; le sol en fut nivelé, et les terres enlevées servirent à créer un trottoir sur la route de la plage. Nombreux furent ceux, habitants et estivants, qui regrettèrent l’aspect pittoresque que présentaient autrefois les vieilles tombes ombragées par les grands cyprès ; rappelons qu’en 1923 l’artiste-peinte Le Pape s’était inspiré de cet ancien cimetière pour brosser le décor du « cimetière » de « l’Oiseau Bleu » de Maeterlinck, joué au Théâtre Mogador.

Pendant la guerre de 1939-45, furent inhumés au cimetière un « Sergent Aviateur Américain trouvé en mer le 20 septembre 1943 » (dont le corps fut ultérieurement transféré au cimetière militaire américain de Saint-James), un « Unknown British Sailor R. N. 1943 », et deux Allemands anonymes.

Aujourd’hui, le cimetière contient de nombreuses tombes évoquant à côté des noms des anciennes familles carollaises ceux des artisans et commerçants venus s’établir à Carolles, ainsi que de diverses familles d’estivants propriétaires de villas.

 

L’ANCIEN CHATEAU - LE MANOIR DU HAMELET

LES SEIGNEURS DE CAROLLES

 

Y eut-il à Carolles un château, et où était-il ?

 

D’après Le Héricher (46), « ce château était assez loin de l’église, au lieu dit « Le Manoir » ; un document - que nous n’avons pu identifier - parle de ses tours, ses tourelles et ses fossés ; on ne voit plus - en 1865 - que les trous des fossés.

 

L’abbé BERTOT précise (57) : Ce château se trouvait situé au lieu qu’on nomme « Le Bois de Carolles ». Une forte dépression de terrain où se trouve maintenant - en 1914 - le potager de la ferme serait le seul vestige des douves de l’ancien château dont il ne reste que quelques grosses pierres ».

 

Les seigneurs de la famille de la Ferrière et leurs descendants habitèrent une autre demeure, le Manoir du Hamelet, dont la splendeur passée est encore attestée de nos jours par la magnifique avenue, bordée de châtaigniers séculaires, remarquables par leur force,  qui  orne  l’accès  de  la  propriété  moderne construite à  son

 

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(57) Petit Guide de Carolles (1914).

 

 

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emplacement ; ce qui restait de la résidence des anciens seigneurs de Carolles a été presque entièrement détruit en 1904 par un incendie qui n’en laissa subsister qu’un pan de mur avec trois hautes fenêtres (58), abattu lors de la reconstruction, et un très beau colombier, pouvant abriter plus de mille pigeons, qui est encore en parfait état et qui se voit en bordure du chemin conduisant à « l’Angoterie », à côté des bâtiments de la ferme attenante au nouveau « Manoir ».

Peu nombreux sont les renseignements relatifs aux seigneurs de Carolles dont on trouve rarement le nom dans les vieilles chartes.

 

Le cartulaire du Mont Saint-Michel (59) renferme des actes où sont cités en 1158 un Robert de CHAROLES, et en 1214 un autre Robert de CAROLLES (60) ;  aux assises tenues à Avranches en 1225 fut présent Nicolas de CAROLLES. (3).

 

En 1327, l’inventaire des titres du Mont Saint-Michel (59) mentionne que Robert de la ROCHELLE tient le fief de Carolles de Messire Olivier PAYNEL, qui relevait de la baronnie de Saint-Pair, laquelle dépendait de l’Abbaye du Mont Saint-Michel. (60).

Cette abbaye était aussi propriétaire du moulin et de l’étang de Carolles (3) et revendiquait certains droits sur la plage :

 

« L’an 1400, entre les moynes du Mont Saint-Michel et le sieur de « Carolles, fut passé un appointement par lequel il fut dict qu’un « esturgeon pris sur la grève serait rendu par ledict sieur aux moynes « comme à eux appartenant selon la possession et leurs anciens droits... « Lesdicts abbé et moynes avoient eu plusieurs débats, procez et « conventions pour la prise des oyseaux gentils dans ladite terre et grève « de Carolles, avec l’évesque d’Avranches et le seigneur de la Roche- «Tesson, lesquels enfin furent contraints de bailler des actes de « recongnoissance auxdits moynes qu’ils n’avoient point de droict sur « lesdits oyseaux ; le sieur de la Roche-Tesson donna sa recongnoissance « en 1331 ». (61).

 

Aux XVIe et  XVIIe siècles, les seigneurs de Carolles étaient de la famille de LA FERRIÈRE, dont les armoiries étaient (d’après Chamillard) : « d’or à six fers à cheval cloués d’argent, 3, 2, 1 ».  (30).

En 1504, Jean de la FERRIÈRE est cité comme seigneur de Carolles dans la sentence relative à la Lande de Beuvais, dont nous avons donné le texte dans notre étude parue en 1956. (33).

 

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(58) Le Petit Guide contient (page 9) une photographie des ruines du Manoir après l’incendie de 1904, ainsi qu’une vue du colombier.

(59) Bibliothèque d’Avranches.

(60) E.-A. PIGEON : Histoire du Diocèse d’Avranches.

(61) Dom Thomas LEROY : Les curieuses recherches du Mont Saint-Michel. Chapitre XXX, alinéa 24.

 

 

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En 1683, le sieur de Carolles est Hervé de la FERRIÈRE, qui eut pour héritière Marie-Adélaïde de la FERRIÈRE, laquelle en tant que « dame et patronne de la paroisse de Carolles » présenta en 1732 un postulant aux fonctions de curé de Carolles à l’évêque d’Avranches qui l’agréa. (30).

 

En 1748, Claude des ISLES était seigneur et patron de Carolles (probablement un descendant de Gilles des Isles qui avait épousé, le 13 juillet 1662, Françoise de la Ferrière). (62).

 

Puis c’est un sieur de PREVAL, seigneur et patron de Carolles, qui, invoquant la donation faite par « ses ancêtres de la Ferrière », s’oppose aux prétentions du sieur de Lancyse sur la lande de Beuvais. (23).

 

En 1776, Nicolas-Louis GALLIEN des NAUDIÈRES est seigneur de Carolles (le 12 mai 1869, Jacques Galien avait épousé une fille de Simon Cacquevel et d’Anne de la Ferrière). (62).

 

Son fils, Michel-Marie Nicolas GALLIEN, fut le dernier « sieur de Carolles » ; il eut une fille, Marie, qui épousa un avocat d’Avranches, Pierre Carbonnet ; de cette union naquit Hippolyte Carbonet, dont la fille Pauline épousa M. Pottier, qui fut maire de Carolles et qui resta jusqu’à sa mort propriétaire du manoir du Hamelet, ancienne résidence des seigneurs de Carolles. (30).

 

 

TRANSPORTS PUBLICS

 

Le chemin de fer de Paris à Granville fut inauguré le 3 juillet 1870.

En 1905, l’entreprise Legoubey assurait entre Granville et Carolles un service de voitures publiques, deux fois par jour, au prix de Fr. 1,50 (aller et retour Fr. 2,50) ; le parcours était effectué en une heure.

 

Les lois du 23 juillet 1904 et du 12 juillet 1905 accordèrent la concession d’une ligne (à voie d’un mètre) de Granville à Sourdeval à la Société Française des Tramways Électriques et de Chemin de Fer (à laquelle un décret du 25 mars 1910 substitua la Société des Chemins de Fer de la Manche) ; les travaux commencèrent à Carolles en octobre 1906, et la ligne fut ouverte le 29 août 1908.

 

La concession avait été accordée pour 50 ans ; mais l’exploitation  ayant  été  constamment  déficitaire,  le  réseau fut

 

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(62) Archives du presbytère de Carolles.

 

 

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racheté par le Conseil Général de la Manche qui l’afferma, le 1er  juillet 1926, à la Compagnie des Chemins de Fer Normands).

 

De 1932 à 1936 des services d’omnibus automobiles organisés par la Société Auxiliaire des Transports de l’Ouest et du Sud-Ouest (S.A.T.O.S.) se substituèrent progressivement aux services ferroviaires ; à partir du 1er  janvier 1937, le trafic fut assuré exclusivement par automobiles sous la gestion de la Compagnie des Chemins de Fer Normands (C.F.N.).

 

La voie étant désaffectée, les rails furent enlevés en 1938, les traverses en 1939 ; la Municipalité de Carolles se rendit acquéreur en 1951 de l’ancienne gare et des terrains de la voie.

 

M. Poret, chef de gare dès 1908, assura ce service pendant plus de quarante ans ; en 1931, il obtint une récompense du Touring-Club de France au concours de la « Gare Fleurie ».

 

Depuis 1955, la C.F.N. a pris la dénomination de Société des Transports de Normandie.

 

 

ÉLECTRICITÉ

 

En août 1919, un ingénieur, M. Gourdon, proposa à la commune la construction d’une usine devant fournir du courant électrique à la localité et obtint à cet effet la location d’un terrain de 800 mètres carrés sur le chemin de la plage, au flanc de la falaise ; mais sa faillite en janvier 1920 arrêta les travaux dont subsistent encore aujourd’hui de hauts murs encadrant le terrain où devait s’élever l’usine projetée.

 

Dès octobre 1920, le Conseil Municipal donna son adhésion au projet patronné par un groupement dont MM. Corbière et Desroches étaient les animateurs en vue de créer à Carolles un secteur alimenté en courant par la Société des Forces Motrices de la Sélune.

 

Cette Société, fondée à Avranches en 1913, exploitait sur la Sélune l’usine de la Roche-qui-Boit, près de Ducey (2.850 CV, plus un moteur Diesel de secours de 2.000 CV), et l’usine de Vezins (12.000 CV) ; son actif a été, par le décret de nationalisation du 21 mai 1946, transféré à Électricité de France.

 

L’équipement du réseau électrique fut achevé en 1923 et depuis lors le courant est distribué dans la commune sous forme de triphasé 125/216.

 

 

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DISTRIBUTION D’EAU POTABLE

 

L’alimentation de la commune en eau potable a depuis longtemps préoccupé la Municipalité de Carolles, car pendant les étés secs nombre de puits sont asséchés, au moment où l’afflux des estivants quintuple la consommation de l’eau.

Le même problème se posant pour les plages voisines de Jullouville et Saint-Jean-le-Thomas, divers projets furent étudiés, dès 1929, dans le dessein de réaliser avec l’une ou l’autre un système commun d’adduction d’eau ; mais des difficultés diverses en empêchèrent l’aboutissement. Après la Libération, la commune de Bouillon établit, isolément un réseau de distribution d’eau, provenant d’un prélèvement dans le Thar, en amont de la Mare de Bouillon, et desservant les agglomérations de Jullouville et d’Edenville. Cette dernière étant contiguë à Carolles-Plage une entente entre les municipalités de Carolles et de Bouillon permit, dès 1954, la pose de canalisations desservant les villas de Carolles-Plage, d’abord dans l’avenue des Tamaris, puis au pied du Pignon-Butor.

 

Après de nombreuses démarches poursuivies avec énergie et persévérance par les maires, MM. Normand et Creux, un accord fut signé le 30 juillet 1954 avec la municipalité de Bouillon en vue de l’établissement d’un vaste réseau d’adduction d’eau devant desservir la totalité de la commune de Carolles (y compris les écarts de la Lande et de Longrais) ; les plans dressés par l’ingénieur Gaillardin prévoient que l’eau, prélevée et stérilisée par la station de pompage de Bouillon sur le Thar, sera envoyée dans un château d’eau construit sur le territoire de Bouillon, puis amenée, par Groussey, jusqu’au Hamelet d’où partira le réseau de distribution dans Carolles ; un château secondaire, construit à la Croix Paquerey, assurera la régularité de la distribution. Les travaux, effectués par la Société Normande d’Électrification et de Canalisation (S.N.E.C.), ont commencé en septembre 1956 et seront achevés en 1957 ; le devis s’élève à 72 millions de francs dont 32 couverts par diverses subventions et 40 obtenus par un emprunt de la commune à la Caisse des Dépôts et Consignations.

 

 

POSTE, TÉLÉGRAPHE & TÉLÉPHONE

 

Jusqu’en 1896, le service postal à Carolles fut assuré par le bureau de Sartilly (quotidiennement depuis 1855) ; une « recette auxiliaire » fut crée en 1896, mais c’est seulement en 1902 que fut ouvert  un  bureau  autonome,  installé  d’abord  près  de  l’école

 

 

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(actuelle villa « Santa Maria »), puis dans la Grande-Rue (actuelle Agence Carollaise), et enfin en 1936, dans le bâtiment spécialement construit à cet effet par la commune et cédé par elle à l’Etat en 1952.

 

Un bureau de télégraphe avait été créé dès juin 1891 ; le téléphone fut installé en 1911.

 

Les titulaires successifs du bureau des P.T.T. à Carolles ont été : en 1902, Mlle Beaufils ; 1935, M. Nioré . 1943, M. Yvenec ; 1946, Mme Fénard ; 1951, M. Lerivager ; 1952, Mlle Legrand ; 1956, Mlle Houssailles.

 

L’élégance et la parfaite tenue du bureau de Carolles lui ont valu un classement élogieux dans le concours du bureau de poste coquet de 1951.

 

Depuis juillet 1952, l’horaire des services automobiles postaux permet de distribuer le jour même la totalité du courrier arrivé le matin et de fixer à 18 h. 30 l’heure de la levée pour toutes destinations.

 

 

 STADE MUNICIPAL - U.S.C.

 

En 1947 a été aménagé près de l’École des Garçons et de la Poste, un vaste terrain destiné à servir de plateau scolaire d’éducation physique pour les enfants des écoles et de stade pour les sportifs ; le Ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres et le Département ont subventionné cette création.

 

L’Union Sportive Carollaise (U.S.C.), qui groupe la plupart des jeunes gens de 16 à 30 ans, participe à de nombreux matches de foot-ball et a souvent remporté des victoires dans ces tournois pacifiques.

 

SALLE DES FÊTES - COMITÉ DES FÊTES

 

Une vaste salle des fêtes, construite sous la direction de M. Cheftel, architecte, a été achevée en 1954 ; la Municipalité la met à la disposition des associations locales et des troupes de passage pour y organiser des réunions de diverses natures : Conférences, cinéma, représentations théâtrales, soirées dansantes, etc...

 

Un Comité des Fêtes, constitué avec le concours des commerçants, organise de temps à autre des fêtes folkloriques, feux d’artifice, retraites aux flambeaux, etc...

 

 

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SYNDICAT  D’INITIATIVE

 

Cette association, présidée par M. Rebel, s’applique, en accord avec la Municipalité, à rendre plus agréable aux touristes et aux baigneurs le séjour à Carolles.

 

 À ses débuts, elle a réalisé la construction de l’escalier du Pignon Butor, l’installation de bancs dans les promenades, l’ouverture et la signalisation de sentiers sur la falaise, l’apposition en divers endroits d’un plan de la localité, etc...

 

Elle édite un dépliant documentaire et répond aux demandes de renseignements concernant Carolles.

 

 

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La présente étude est le complément de celles que nous avons publiées précédemment : Histoire des Bains de Mer à Carolles (1954) et Guide Touristique sur la Falaise de Carolles (1955), auxquelles nous prions le lecteur de se reporter pour la description et l’histoire des sites de la plage et de la falaise de Carolles.

 

 

Marius DUJARDIN

H.E.C. - Directeur honoraire du Crédit Lyonnais.

 

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